Au 27 juillet 2026, près de 68 000 hectares ont brûlé en France, un niveau exceptionnel pour la saison. En partant en fumée, ces forêts relâchent le carbone accumulé depuis des décennies et cessent de l’absorber. Un double coup dur pour le climat, qui nourrit à son tour les incendies.
La Gironde, les Côtes-d’Armor, la Drôme, le Var, les Pyrénées-Orientales, Fontainebleau. Les foyers se sont multipliés sur le territoire, attisés par le vent, la sécheresse et des températures élevées. Selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (Effis), près de 68 000 hectares avaient brûlé au 27 juillet 2026. Quelques jours ont suffi pour réduire en cendres des arbres âgés de plusieurs dizaines d’années.
Le lien entre incendies et climat fonctionne dans les deux sens. Le réchauffement assèche la végétation, allonge la saison à risque et facilite le départ des feux. Mais les feux, en retour, alimentent le réchauffement. C’est ce cercle vicieux que documentent les données de l’Effis et une étude publiée en 2025 dans la revue Biogeosciences. Comprendre ce mécanisme, c’est saisir pourquoi la protection des forêts n’est pas qu’un enjeu paysager, mais un maillon de la lutte climatique.
Ce que le feu libère: le carbone stocké depuis des décennies
Un arbre est un réservoir de carbone. Toute sa vie, il capte du CO2 dans l’atmosphère pour construire son bois, ses racines, ses feuilles. Quand il brûle, ce carbone repart en fumée d’un coup. Selon l’Effis, les feux de forêt français ont déjà relâché 1,4 million de tonnes de CO2 dans l’atmosphère sur les sept premiers mois de 2026. Un niveau supérieur à la moyenne des vingt dernières années, établie à 1 million de tonnes sur la période 2003-2025.
Ce 1,4 million de tonnes représente environ 0,25 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre du pays. Le chiffre paraît modeste rapporté au total national. Il ne l’est pas quand on regarde ce qu’il traduit sur le terrain: des massifs entiers convertis en source d’émissions, alors qu’ils devaient rester des puits.
L’année 2022 sert de point de comparaison. À surface équivalente pour la saison, avec près de 44 000 hectares perdus au 22 juillet et 66 000 hectares sur l’ensemble de l’année, les feux avaient émis 4,4 millions de tonnes de CO2 selon l’Effis. La superficie brûlée en 2026 se situe donc dans une fourchette proche de de référence, particulièrement sévère.
| Indicateur | 2022 | 2026 (au 27 juillet) |
|---|---|---|
| Surface brûlée | 66 000 ha sur l’année | 68 000 ha |
| CO2 émis (estimation Effis) | 4,4 Mt | 1,4 Mt |
| Moyenne 2003-2025 | 1 Mt de CO2 par an | |
Source: Système européen d’information sur les feux de forêt (Effis)
Un bilan sous-estimé: sols, lignite et tourbières

Les chiffres de l’Effis ne racontent qu’une partie de l’histoire. Des chercheurs ont revu ce bilan à la hausse dans l’étude parue en 2025 dans Biogeosciences. Ils considèrent que l’Effis sous-estime les émissions, car elle les calcule à partir d’un modèle générique, le système mondial d’assimilation des incendies du service de surveillance de l’atmosphère de Copernicus. Ce modèle ne capte pas tout ce qui brûle vraiment [1].
Car un incendie ne consume pas que les arbres. Il attaque la matière organique du sol, la lignite (une roche sédimentaire présente dans les Landes) et les tourbières, comme lors de l’incendie des monts d’Arrée en Bretagne. Ces réservoirs souterrains libèrent eux aussi du carbone quand ils partent en fumée. En les intégrant, les auteurs de l’étude estiment que près de 8 millions de tonnes de CO2 auraient été émises par les incendies en 2022. Presque le double du chiffre officiel de l’Effis.
Cette nuance compte pour le lecteur. Elle rappelle qu’un même événement peut être mesuré de plusieurs façons, et que les chiffres institutionnels constituent souvent un plancher plutôt qu’un plafond. Toutes les forêts et tous les sols ne se valent pas: un massif landais sur lignite ou une tourbière bretonne relâchent bien plus de carbone qu’une forêt sur sol minéral.
Feux de forêt et climat: les enjeux à venir
Le puits de carbone qui disparaît
Le carbone émis n’est que la moitié du problème. L’autre moitié, c’est le carbone que la forêt n’absorbera plus. En temps normal, les forêts françaises constituent un important puits, captant chaque année 27 millions de tonnes de CO2, d’après l’analyse publiée dans Biogeosciences. Une forêt vivante travaille en continu pour le climat.
Quand elle brûle, ce service s’interrompt. En 2022, les brasiers ont amoindri de 30 % la capacité d’absorption et de séquestration de CO2 des forêts, selon la même étude. Autrement dit, le pays a perdu près d’un tiers de la performance de son principal puits terrestre sur l’année. Cette perte ne se rattrape pas en une saison: il faut des décennies pour qu’une forêt reconstitue son stock.
Selon cette équipe de scientifiques, les incendies auraient directement représenté 2 % des émissions de la France en 2022. Ce pourcentage ne comprend pas la quantité de carbone que les forêts auraient absorbée si elles étaient restées vivantes. En additionnant émissions directes et absorption perdue, le coût climatique réel d’une grande saison de feux dépasse largement ce que suggèrent les seules émissions de combustion.
Ce que le climat de réserve à votre région

Le risque d’incendie ne restera pas cantonné au Sud. Selon Météo-France, dans une France à +4 °C d’ici la fin du siècle, le risque d’incendie pourrait s’étendre à l’ensemble du pays. Des régions historiquement épargnées, comme la Bretagne ou le nord de la France, sont déjà entrées dans la zone à risque, comme l’ont montré les feux des Côtes-d’Armor cet été 2026.
Sur le pourtour méditerranéen, la menace change d’échelle dans le temps. Toujours selon Météo-France, la saison des feux pourrait y être allongée d’un à deux mois. Concrètement, cela signifie des départs de feu plus précoces au printemps et plus tardifs à l’automne, sur une végétation stressée par des sécheresses répétées. Pour les habitants de ces territoires, la période de vigilance s’étire d’année en année.
Au-delà des surfaces sombres laissées par les flammes, un effet local s’ajoute. Les zones brûlées, plus foncées, absorbent davantage d’énergie solaire, ce qui contribue à réchauffer le climat localement. Le paysage calciné n’est donc pas neutre: il participe, à son échelle, au réchauffement qui a favorisé sa destruction.
Notre analyse: le feu, révélateur d’une comptabilité incomplète
Le débat sur les émissions des incendies illustre une difficulté rarement expliquée au grand public: mesurer ce qui brûle est un exercice imparfait. Entre les 4,4 millions de tonnes de l’Effis et les 8 millions estimés par les chercheurs de Biogeosciences pour 2022, l’écart n’est pas une erreur, mais le reflet de deux méthodes. L’une, mondiale et générique. L’autre, affinée pour tenir compte des sols, du lignite et des tourbières françaises. Le lecteur gagne à garder cette prudence: les chiffres officiels d’émissions liées aux feux sont probablement des estimations basses.
Ce que ces travaux disent surtout, c’est que la valeur d’une forêt ne se lit pas seulement dans le carbone qu’elle libère en brûlant, mais dans celui qu’elle capte chaque année en restant debout. Ces 27 millions de tonnes annuelles absorbées constituent un service invisible tant qu’il fonctionne. Il ne devient visible qu’au moment où il disparaît. Protéger un massif, entretenir les pare-feux, débroussailler autour des habitations dans les zones concernées: ces gestes de terrain relèvent aussi, désormais, de la politique climatique.
Cet article a une vocation d’information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Pour toute question de santé, référez-vous aux autorités sanitaires compétentes.
Incendies 2026: le bilan carbone des forêts brûlées
- 68 000 hectares brûlés en France au 27 juillet 2026, selon l'Effis
- 1,4 million de tonnes de CO2 déjà émises en 2026, contre 1 Mt en moyenne (2003-2025)
- En 2022, l'étude Biogeosciences estime les émissions réelles à près de 8 Mt de CO2
- Les forêts françaises absorbent 27 millions de tonnes de CO2 par an en temps normal
- En 2022, les feux ont réduit de 30 % la capacité d'absorption des forêts


