Nathan Greno, coréalisateur de Tangled (Raiponce), a rouvert un dossier que Disney n’a jamais vraiment refermé: celui d’une suite cinéma abandonnée malgré l’aura durable du film sorti en 2010. Dans une prise de parole récente, le cinéaste explique que des tentatives ont existé, mais qu’aucune n’a trouvé la bonne formule pour justifier un vrai deuxième long-métrage. Le timing n’est pas anodin: Disney accélère depuis plusieurs années sur les remakes live-action, et Tangled figure désormais parmi les titres que le studio cherche à réactiver.
Le cas Tangled est particulier dans l’histoire récente de Disney Animation. Le film a été conçu comme une vitrine technologique et artistique, au moment où le studio réapprenait à marier l’héritage du conte musical avec les codes comiques et émotionnels du cinéma d’animation moderne. Sa popularité a produit des chansons, des produits dérivés, une présence continue dans les parcs, et même une extension télévisée. Mais pas de suite cinéma, là où d’autres propriétés ont eu droit à des prolongements plus évidents.
Les tentatives de Tangled 2 selon Nathan Greno: une suite difficile à justifier
Dans ses déclarations, Nathan Greno décrit un problème classique des suites: trouver une histoire qui ne soit pas seulement un retour en terrain connu. Tangled se referme sur une résolution très nette, la quête identitaire de Raiponce aboutit, la romance avec Flynn Rider se conclut, et l’univers du film, volontairement centré sur l’évasion et la découverte, perd mécaniquement de son mystère une fois la vérité révélée. Pour un studio, cela pose une question simple: quelle promesse narrative peut rivaliser avec l’élan du premier film sans le répéter?
Le réalisateur évoque l’existence de pistes explorées, puis abandonnées. Ce type de développement avorté est fréquent chez les grands studios, où des équipes peuvent travailler sur des versions concurrentes d’un même projet avant qu’une direction ne s’impose, ou que la priorité stratégique ne change. Dans le cas de Tangled, l’enjeu était de ne pas produire une suite automatique qui affaiblirait la marque. Le prestige de Walt Disney Animation Studios repose aussi sur une sélection stricte des suites cinéma, longtemps rares, par contraste avec la logique des suites direct-to-video qui a marqué une autre époque de l’entreprise.
Le sous-texte est également créatif: Tangled a imposé un ton très précis, mélange de comédie contemporaine, de musical classique et d’aventure romanesque. Une suite devait retrouver cet équilibre, avec un antagonisme crédible et une progression émotionnelle à la hauteur. Sans cet alignement, le risque est double: décevoir un public attaché au film original et banaliser une héroïne devenue un repère de la galerie des princesses Disney.
Pourquoi Disney a prolongé l’univers avec Rapunzel’s Tangled Adventure
Si la suite cinéma n’a pas abouti, l’univers de Tangled n’a pas été mis sous cloche. Disney a choisi une autre voie: l’extension sérielle. La franchise a été prolongée par une série d’animation connue sous le titre Rapunzel’s Tangled Adventure (également diffusée comme Tangled: The Series selon les marchés). Ce format a permis d’explorer des arcs plus longs, de multiplier les personnages secondaires et d’installer un feuilleton, sans porter le poids symbolique d’un Tangled 2 en salles.
Ce choix dit beaucoup de la gestion interne des franchises. La série offre une flexibilité que le long-métrage n’a pas: elle peut tester des idées, installer de nouveaux enjeux, et s’autoriser des détours. Pour Disney, c’est aussi une manière de nourrir la demande sans risquer la comparaison frontale avec l’événement du film original. L’animation télévisée a longtemps été l’outil discret de l’entreprise pour maintenir des univers actifs, entre deux grands rendez-vous cinéma.
Dans le cas Tangled, cette stratégie a un autre avantage: elle protège le statut du film. Là où une suite cinéma ratée peut reconfigurer la perception d’une œuvre, une série peut être consommée de façon plus fragmentée, par un public plus ciblé, sans redéfinir l’image du titre principal. Cette logique s’est renforcée avec l’essor des plateformes et la multiplication des contenus d’univers qui accompagnent les marques phares.
Le remake live-action: un autre pari industriel pour relancer Tangled
Le rappel par Nathan Greno des tentatives de suite intervient alors que Disney continue d’adapter ses classiques en live-action. Le studio a déjà transformé en prises de vues réelles plusieurs de ses films d’animation les plus identifiés, avec une stratégie qui combine reconnaissance immédiate, puissance marketing et réinterprétation plus ou moins marquée des récits. Tangled, film relativement récent à l’échelle du catalogue Disney, est un candidat naturel: la marque est forte, les personnages sont installés, et l’histoire est connue du grand public.
Le live-action n’est pas une suite, mais il remplit une fonction voisine: remettre un titre au centre de l’agenda culturel, attirer une nouvelle génération, et relancer la consommation des œuvres associées. Il permet aussi de reposer des questions de mise en scène que l’animation traitait autrement, comme la matérialité de la chevelure magique, l’équilibre entre réalisme et féerie, ou la tonalité de l’humour. Là où l’animation pouvait styliser, le live-action doit convaincre par des choix de direction artistique visibles et immédiatement discutés.
Dans cette perspective, l’absence de Tangled 2 prend une autre couleur. Une suite aurait prolongé l’histoire, mais un remake rebat les cartes: il offre un nouveau point d’entrée, sans avoir à résoudre le problème narratif signalé par Greno, celui de l’après-fin heureuse. Pour Disney, c’est une manière d’exploiter la valeur d’un titre en contournant la difficulté de l’écriture d’une suite qui s’impose d’elle-même.
Un cas d’école pour Disney Animation: préserver l’héritage sans l’épuiser
Le témoignage de Nathan Greno éclaire une tension permanente chez Disney: le studio vit de ses histoires, mais son capital symbolique dépend de leur rareté relative au cinéma. Les suites existent, mais elles ne sont pas systématiques chez Disney Animation, surtout quand la première œuvre a une structure très fermée. Tangled, comme d’autres films centrés sur une révélation identitaire et une libération, se prête moins naturellement à une répétition du schéma sans perdre en intensité.
Cette prudence est aussi une question de calendrier et de concurrence interne. Un studio qui développe plusieurs projets en parallèle doit arbitrer entre nouveautés, suites, spin-offs et adaptations. Dans certaines périodes, la priorité peut être donnée à des créations originales ou à des franchises déjà engagées dans une trajectoire de suites. Tangled, malgré sa popularité, a pu se retrouver dans une zone intermédiaire: suffisamment fort pour exister en produits et en série, mais pas au point de rendre inévitable un deuxième film.
À cela s’ajoute un élément de perception: Tangled a longtemps été présenté comme une étape charnière pour Disney, un film qui modernise le conte musical après une décennie de repositionnement. Toucher à cet équilibre avec une suite expose à une critique immédiate, surtout dans un environnement où chaque décision de franchise est scrutée, comparée et jugée à l’aune de la nostalgie. Le choix de ne pas faire Tangled 2, tel que le raconte Greno, peut se lire comme un acte de conservation: maintenir l’œuvre dans un statut de référence, plutôt que de l’étirer.
Ce que l’abandon d’un Tangled 2 dit du moment Disney
La résurgence du sujet intervient dans une période où Disney ajuste sa stratégie entre cinéma, streaming et franchises. Les remakes live-action sont devenus un outil central, autant pour l’exploitation en salles que pour l’écosystème global de la marque. Dans ce contexte, l’idée d’une suite animée de Tangled est concurrencée par des options jugées plus lisibles: adaptation en prises de vues réelles, extensions en série, ou intégration dans des événements transversaux.
Le propos de Greno a aussi une portée plus large: il rappelle que la fabrique Disney est pleine de projets fantômes, de versions abandonnées et de chemins non empruntés. Le public voit les sorties, rarement les hésitations. Quand un réalisateur explique pourquoi une suite n’a pas existé, il donne un aperçu de la mécanique: une histoire doit justifier son existence, mais aussi s’insérer dans une stratégie de marque, de calendrier et de ton.
Si le live-action de Tangled avance, il servira de test grandeur nature. Non pas pour décider si Tangled mérite une suite, mais pour mesurer la capacité de Disney à réactiver un film déjà moderne sans perdre ce qui faisait sa singularité: l’alchimie entre comédie, musical et émotion, et une héroïne dont le parcours, précisément, semblait ne pas appeler de deuxième chapitre évident au cinéma.




