Nuvacore entre en scène avec une équipe d’anciens ingénieurs d’Apple et Qualcomm pour défier les géants des semiconducteurs. Cette startup, fondée par les créateurs de la puce M d’Apple et des cœurs Oryon de Qualcomm, vise à révolutionner l’architecture des processeurs mobiles.
L’industrie des semiconducteurs accueille un nouveau prétendant. Nuvacore, société fondée discrètement en 2025, réunit une équipe d’ingénieurs ayant participé aux développements les plus marquants de la dernière décennie : la transition d’Apple vers ses puces maison et l’architecture révolutionnaire des cœurs Oryon chez Qualcomm.
La startup a levé 85 millions de dollars lors d’un tour de table de série A mené par Andreessen Horowitz, selon des documents déposés auprès de la Securities and Exchange Commission. Un montant qui témoigne de la confiance des investisseurs dans cette équipe de vétérans du secteur.
Des transfuges d’Apple et Qualcomm aux commandes de Nuvacore
Jonathan Dupont, ancien directeur technique de l’équipe Silicon chez Apple, dirige les opérations techniques de Nuvacore. Il a supervisé le développement des puces M1 et M2 entre 2019 et 2024, avant de quitter Cupertino pour cette nouvelle aventure. À ses côtés, Maria Santos, ancienne responsable de l’architecture Oryon chez Qualcomm, apporte son expertise des processeurs ARM haute performance.
L’équipe compte également 15 ingénieurs issus des équipes semiconducteurs d’Apple, Qualcomm et Arm Holdings. Cette concentration de talents explique en partie l’intérêt suscité par la jeune pousse auprès des fonds d’investissement spécialisés dans la deeptech.
Selon des sources proches du dossier, Nuvacore développe une architecture de processeur hybride combinant les avantages des designs ARM et RISC-V. L’objectif : proposer une alternative aux solutions actuelles dominées par Apple pour le haut de gamme et Qualcomm pour l’écosystème Android.
La société a établi ses quartiers généraux dans la Silicon Valley, à Palo Alto, et compte ouvrir un centre de R&D en Israël d’ici fin 2026. Cette stratégie géographique suit le modèle des grands acteurs du secteur, qui exploitent les écosystèmes technologiques les plus avancés mondialement.
Un marché des processeurs mobiles dominé par deux géants
Le timing du lancement de Nuvacore n’est pas anodin. Le marché des processeurs pour smartphones représente 32 milliards de dollars en 2026, selon les données de Gartner. Apple et Qualcomm se partagent l’essentiel de ce gâteau, laissant peu d’espace aux challengers.
Apple contrôle son écosystème avec ses puces de la série M et A, tandis que Qualcomm équipe la majorité des flagships Android via ses Snapdragon. MediaTek, troisième acteur, se concentre principalement sur les segments milieu et entrée de gamme.
Cette concentration pose des défis aux constructeurs Android, contraints de composer avec les roadmaps et les prix imposés par Qualcomm. Samsung a tenté de s’affranchir de cette dépendance avec ses processeurs Exynos, mais les résultats mitigés l’ont poussé à revenir vers les solutions californiennes pour ses Galaxy S haut de gamme.
L’émergence de Nuvacore pourrait redistribuer les cartes, notamment si la startup parvient à proposer des performances compétitives à des tarifs attractifs. Les constructeurs chinois comme Xiaomi, Oppo ou OnePlus observent avec attention cette nouvelle donne, cherchant à réduire leur dépendance aux fournisseurs américains.

L’architecture RISC-V comme atout différenciant face à ARM
Nuvacore mise sur une approche hybride combinant ARM et RISC-V, cette dernière architecture bénéficiant d’un statut open source qui évite les licences coûteuses. Cette stratégie pourrait séduire les constructeurs soucieux de maîtriser leurs coûts et leur roadmap technologique.
L’architecture RISC-V connaît un essor notable, notamment en Chine où les entreprises locales cherchent des alternatives aux technologies occidentales. Alibaba, via sa filiale T-Head, a déjà développé des processeurs RISC-V pour ses serveurs cloud.
Mais le défi technique reste considérable. Développer un processeur mobile performant nécessite entre 3 et 5 ans de R&D, selon les standards de l’industrie. Les premiers échantillons de Nuvacore ne sont pas attendus avant 2028, d’après les informations disponibles.
La startup doit également convaincre les développeurs de logiciels d’optimiser leurs applications pour sa nouvelle architecture. Apple a réussi cette transition avec ses puces M grâce à Rosetta, son système d’émulation. Nuvacore devra probablement développer des outils similaires pour faciliter l’adoption de ses futurs processeurs.
L’enjeu dépasse le seul marché des smartphones. Les processeurs mobiles alimentent désormais les laptops, les tablettes et les objets connectés. Réussir dans ce domaine ouvre la porte à un écosystème technologique plus large, comme l’a démontré Apple avec sa transition vers ses puces maison sur l’ensemble de sa gamme d’ordinateurs.




