L’Union européenne lance Eurosky, une plateforme de réseaux sociaux qui ambitionne de concurrencer Meta et X d’ici 2027. Dotée d’un budget initial de 2,4 milliards d’euros, cette initiative vise à créer un écosystème numérique européen souverain face aux géants américains.
Le projet, porté par la Commission européenne en partenariat avec douze États membres, marque une nouvelle étape dans la stratégie de souveraineté numérique européenne. Eurosky se positionne comme une alternative aux plateformes américaines, avec un lancement prévu en version bêta au premier trimestre 2027.
Cette annonce intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Bruxelles et les géants technologiques américains, notamment autour de l’application du Digital Services Act et des questions de modération de contenu.
Un consortium de treize entreprises européennes pour développer Eurosky
Le développement d’Eurosky repose sur un consortium dirigé par SAP, Atos et Capgemini. Cette alliance réunit également des acteurs plus spécialisés comme la société finlandaise Elisa pour les infrastructures télécoms, l’allemande TeamViewer pour les fonctionnalités collaboratives, et la française Dassault Systèmes pour l’architecture de données.
Le budget de 2,4 milliards d’euros se répartit entre 40 % de fonds européens via le programme Digital Europe, 35 % d’investissements des États participants et 25 % d’apports privés du consortium. Cette répartition traduit la volonté de créer un modèle économique viable sans dépendance excessive aux subventions publiques.
L’architecture technique privilégie la décentralisation, avec des serveurs répartis dans huit pays européens pour garantir la souveraineté des données. Chaque utilisateur pourra choisir la juridiction de stockage de ses informations personnelles, une approche inédite dans l’écosystème des réseaux sociaux grand public.
La plateforme intégrera dès son lancement des outils de fact-checking automatisé développés en partenariat avec l’AFP, Reuters et Deutsche Welle. Cette fonctionnalité vise à répondre aux critiques récurrentes sur la désinformation qui touchent les plateformes existantes.
Un modèle économique hybride sans publicité comportementale
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— 01net (@01net) April 20, 2026
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Eurosky se distingue par un modèle économique qui exclut la publicité ciblée basée sur le profilage comportemental. La monétisation repose sur trois piliers : un abonnement premium à 4,99 euros par mois, la publicité contextuelle non-intrusive, et les services aux entreprises.
L’abonnement premium donne accès à des fonctionnalités avancées comme l’édition collaborative de documents, la visioconférence intégrée pour jusqu’à 50 participants, et des outils d’analyse de portée pour les créateurs de contenu. Cette stratégie vise à créer un écosystème professionnel différenciant face à la concurrence.
La publicité contextuelle, elle, se base uniquement sur le contenu consulté et non sur l’historique de navigation. Les annonceurs pourront cibler leurs messages selon les hashtags ou les sujets de discussion, mais sans accès aux données personnelles des utilisateurs.
Cette approche répond aux exigences du Règlement général sur la protection des données (RGPD), mais pose la question de la viabilité économique. Les revenus publicitaires de Meta reposent en grande partie sur la précision de son ciblage comportemental, difficile à reproduire avec une approche purement contextuelle.

Douze États membres engagés mais des adhésions encore attendues
Outre la France et l’Allemagne, moteurs du projet, Eurosky bénéficie du soutien de l’Italie, de l’Espagne, des Pays-Bas, de la Belgique, du Danemark, de la Finlande, de l’Autriche, du Portugal, de la République tchèque et de l’Irlande. Cette alliance représente 75 % du PIB de l’Union européenne.
L’absence notable de la Pologne s’explique par des divergences sur les mécanismes de modération de contenu, Varsovie privilégiant une approche moins interventionniste. Les discussions se poursuivent pour intégrer d’autres États membres, notamment les pays baltes et la Slovaquie.
Chaque État participant s’engage à migrer ses communications officielles vers Eurosky dans les six mois suivant le lancement public. Cette migration concernerait potentiellement 15 000 comptes institutionnels européens, créant un socle d’utilisateurs et de contenus dès l’ouverture.
La Commission européenne prévoit également des incitations pour encourager l’adoption par les citoyens, notamment des crédits d’abonnement premium pour les primo-utilisateurs et l’intégration avec les services publics numériques nationaux.
Cette initiative intervient alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance technologique, particulièrement visible lors des tensions géopolitiques récentes. Le succès d’Eurosky déterminera la crédibilité des ambitions européennes en matière de souveraineté numérique face aux écosystèmes américains et chinois dominants.




