Un rapport remis au gouvernement le 24 juillet 2026 propose d’utiliser une partie des fonds du Livret A pour financer les projets d’énergies renouvelables les plus compétitifs, comme le nucléaire. Objectif: réduire le coût de la dette de ces installations, alors que le soutien public à l’éolien et au solaire pourrait dépasser 10 milliards d’euros par an d’ici cinq ans.
Le Livret A, c’est près de 60 millions de détenteurs en France. Une épargne populaire, liquide, garantie, dont une part alimente déjà le logement social et, désormais, les futurs réacteurs nucléaires EPR. La question posée par le rapport commandé à Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot est simple: pourquoi ne pas mobiliser aussi ce circuit de financement pour l’éolien et le solaire?
Derrière la mécanique financière se joue un débat plus large sur le coût réel des renouvelables pour les finances publiques. Le sujet est devenu explosif au Parlement, entre partisans du renouvelable et défenseurs du nucléaire. Le rapport ne tranche pas cette querelle. Il propose 45 recommandations pour rendre le soutien public plus efficace. Le financement par le Livret A n’en est qu’une, mais c’est celle qui parle le plus directement à l’épargnant.
Ce que dit précisément le rapport Lévy-Tuot
Jean-Bernard Lévy, ancien PDG d’EDF entre 2014 et 2022, et Thierry Tuot, conseiller d’État et ex-directeur général de la Commission de régulation de l’énergie, ont été missionnés en décembre 2025 par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Leur mandat: évaluer le coût des renouvelables pour les finances publiques et leur impact sur le système électrique. Le document a été remis le 24 juillet 2026 et consulté par l’AFP.
Le mécanisme proposé est technique mais lisible. L’État pourrait orienter une partie des fonds d’épargne gérés par la Caisse des dépôts et consignations, ceux du Livret A, vers certains projets renouvelables. L’effet recherché: diminuer le coût de la dette portée par ces projets. Un financement moins cher, c’est un coût de production par mégawattheure plus bas, donc un besoin de subvention publique réduit.
Le dispositif ne concernerait pas tous les projets. Les auteurs le réservent aux lauréats dont le coût au mégawattheure produit est le plus compétitif. En pratique, cela vise les projets de grande dimension: éolien terrestre, solaire au sol et, selon leurs mots, tout particulièrement les éoliennes en mer. C’est cohérent avec la logique industrielle: plus une installation est grande, plus son coût unitaire baisse.
Ce serait un alignement avec le traitement déjà prévu pour les futurs réacteurs nucléaires. Le gouvernement a en effet acté que le Livret A participerait au financement des EPR. Le rapport propose donc d’étendre ce même levier aux renouvelables les plus matures économiquement.
Pourquoi le coût des renouvelables grimpe pour l’État
Les chiffres avancés par le rapport donnent la mesure de l’enjeu budgétaire. L’aide de l’État au photovoltaïque et à l’éolien serait passée de 2,6 milliards d’euros en 2024 à 5,3 milliards en 2025, puis au moins 6,8 milliards en 2026. Et la trajectoire pointe vers le haut.
| Année | Montant du soutien public | Nature |
|---|---|---|
| 2024 | 2,6 milliards d’euros | Constaté |
| 2025 | 5,3 milliards d’euros | Constaté |
| 2026 | 6,8 milliards d’euros au moins | Estimé |
| Dans les 5 ans | 10 milliards d’euros ou plus par an | Projeté |
Source: Rapport Lévy-Tuot cité par l’AFP
Ce coût ne signifie pas que les renouvelables sont chères à produire. Il reflète le fonctionnement du soutien public. L’État garantit un prix de vente aux producteurs via des contrats. Quand le prix de marché est bas, la différence est payée par les finances publiques. Quand le prix de marché est élevé, ce sont les producteurs qui reversent de l’argent à l’État. La facture publique dépend donc autant du prix de l’électricité que du volume produit.
Un facteur aggrave la note: les heures à prix négatifs. Quand la production éolienne et solaire dépasse la demande, le prix de gros peut devenir négatif. Ces épisodes se multiplient avec la montée en puissance des renouvelables intermittents. Ils pèsent directement sur les finances publiques dans le cadre des mécanismes de soutien actuels.
Pour réduire cette charge, les auteurs recommandent d’encourager la vente d’électricité via des accords contractuels privés, les Power Purchase Agreements ou PPA. Un producteur vend directement son électricité à un industriel ou à un fournisseur, sur longue durée, à prix convenu. L’État interviendrait via un système d’assurance pour limiter l’exposition aux heures à prix négatifs. L’idée: sortir progressivement une partie de la production du guichet public.
Financement des renouvelables: les enjeux clés
Le stockage par batteries, la pièce manquante
Le rapport qualifie d’indispensable l’accroissement des capacités de stockage par batteries. La raison est physique. L’éolien et le solaire produisent quand le vent souffle et quand le soleil brille, pas quand la demande est là. Cette variabilité crée des surplus à certaines heures et des manques à d’autres. Sans stockage, les surplus s’écoulent à perte, parfois à prix négatif.
Le stockage change la donne économique du soutien public. Une batterie absorbe l’électricité quand elle est excédentaire et la restitue quand elle vaut cher. Cela réduit les heures à prix négatifs et améliore la valeur de la production renouvelable. Selon les auteurs, développer ces capacités augmenterait l’efficience du soutien public, autrement dit le rendement de chaque euro dépensé.
La logique est celle d’un système électrique qui doit s’équilibrer en permanence, à la seconde près. RTE, le gestionnaire du réseau de transport, doit maintenir en continu l’égalité entre production et consommation. Plus la part d’intermittent monte, plus les outils de flexibilité deviennent stratégiques: batteries, effacement de consommation, interconnexions avec les voisins européens. Le stockage n’est pas un luxe, c’est une condition de fonctionnement.
Reste que le stockage a un coût d’investissement et une durée de vie limitée. Le rapport ne fournit pas de chiffrage détaillé sur ce point dans les éléments disponibles. L’arbitrage entre le coût des batteries et les économies réalisées sur les heures négatives devra être documenté projet par projet.
Les délais d’instruction, un surcoût français
Un point du rapport dépasse la seule question du financement: la lenteur administrative. Les auteurs soulignent que les durées d’instruction des projets renchérissent les coûts, notamment en comparaison des pays voisins. Un projet qui met des années à sortir de terre immobilise du capital, subit l’inflation des coûts et retarde ses recettes.
Le chiffrage est net. Selon les auteurs, des installations aussi compétitives que celles des pays voisins réduiraient de plus d’un milliard d’euros les soutiens publics directs chaque année. Autrement dit, une part significative de la facture ne tient pas à la technologie mais au temps administratif français.
Pour l’épargnant et le contribuable, c’est un enseignement contre-intuitif. Le levier d’économie le plus immédiat n’est pas de moins soutenir les renouvelables, mais de les construire plus vite et au coût du marché européen. La compétitivité se joue autant sur les procédures que sur la technologie elle-même.
Ce que ça changerait pour votre épargne
Concrètement, rien ne change à ce stade pour le détenteur d’un Livret A. Il s’agit d’une recommandation remise au gouvernement, pas d’une décision. Le taux, le plafond et la disponibilité de l’épargne ne sont pas modifiés par cette proposition. Le Livret A reste un produit garanti et liquide.
Le mécanisme envisagé se situe en amont, invisible pour l’épargnant. La Caisse des dépôts gère une partie de la collecte du Livret A et la réoriente vers des emplois d’intérêt général. le logement social, potentiellement les EPR et certains projets renouvelables. L’épargnant ne choisit pas l’affectation de son argent au projet près. C’est un arbitrage géré par la Caisse des dépôts sous cadre défini par l’État.
La réaction émotionnelle existe pourtant. Le débat sur l’affectation du Livret A au nucléaire, puis potentiellement aux renouvelables, touche à un point sensible: le sentiment de contrôle sur son épargne. Certains épargnants opposés au nucléaire ont exprimé leur volonté de fermer leur livret, d’autres évoquent le rouvrir si les fonds financent les renouvelables. Ces réactions sont documentées dans les échanges publics autour du rapport, elles restent individuelles et ne préjugent pas d’un mouvement collectif.
Notre analyse
Le vrai message du rapport n’est pas le Livret A. C’est l’inversion de perspective sur le coût des renouvelables. Le chiffre spectaculaire des 10 milliards d’euros annuels fait le titre, mais le rapport explique aussi comment le réduire sans renoncer aux renouvelables: financement moins cher, contrats privés, stockage, procédures accélérées. Le débat pro-nucléaire contre pro-renouvelable occulte souvent ce terrain d’efficacité, qui est pourtant le plus opérationnel.
Le Livret A comme outil de politique énergétique pose une question de fond peu discutée. Adosser des projets industriels de long terme à une épargne populaire liquide et garantie a une cohérence financière: coût de la dette abaissé, effet de levier pour la transition. Mais cela concentre aussi le risque public sur un même circuit, celui qui finance déjà le logement social et le nucléaire. L’équilibre entre ces emplois relèvera d’arbitrages politiques, pas seulement techniques.
Enfin, un point mérite l’attention du lecteur: ce rapport est une contribution, non une loi. Ses 45 recommandations devront passer le filtre du gouvernement, du Parlement et des régulateurs comme la CRE. Certaines pourraient être retenues, d’autres écartées. Sur un sujet aussi clivant que la stratégie énergétique française, l’écart entre la proposition d’experts et la décision finale est souvent important. À suivre.
Cet article a une vocation d’information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Pour toute question de santé, référez-vous aux autorités sanitaires compétentes.
Livret A et énergies renouvelables: l'essentiel du rapport
- Le rapport Lévy-Tuot a été remis au gouvernement le 24 juillet 2026
- Le soutien public à l'éolien et au solaire: 6,8 milliards d'euros au moins en 2026
- Il pourrait dépasser 10 milliards d'euros par an d'ici cinq ans
- Le Livret A financerait les projets ENR les plus compétitifs, comme les EPR
- Des procédures aussi rapides que chez nos voisins économiseraient plus d'1 milliard par an
- 45 recommandations au total, dont le stockage par batteries jugé indispensable


